Comment un simple piratage du jeu Zelda sur Switch fait gagner 2,4 millions de dollars à Nintendo?

L’émulation de jeux vidéo est un domaine qui suscite autant de passion que de controverse. Alors que certains y voient une manière de préserver l’accessibilité des jeux vidéos à tous, d’autres, notamment les créateurs de contenu original, le perçoivent comme une menace à leurs droits et profits. L’affaire récente impliquant Nintendo et les émulateurs de ses consoles a remis ces questions sous les projecteurs.

Un émulateur, c’est quoi ?

Un émulateur est un logiciel conçu pour reproduire les fonctionnalités d’une console de jeu vidéo sur un autre appareil, tel que :

  • un ordinateur,
  • une tablette,
  • ou un smartphone.

Cette prouesse technologique permet ainsi aux utilisateurs de jouer à des jeux initialement développés pour une plateforme spécifique, sans nécessiter celle-ci. Yuzu, par exemple, offrait la possibilité de jouer à des jeux de la Nintendo Switch sur divers appareils en utilisant le système d’exploitation de leur choix.

Pour atteindre cet exploit, les émulateurs doivent souvent s’accompagner de fichiers supplémentaires, qui ne sont pas toujours distribués de manière légale. Cela inclut les clés de décryptage et autres données indispensables au lancement d’un jeu, ce qui soulève des questions de légalité quant à l’usage de ces logiciels.

Le cas récent de piratage du jeu Zelda

En mai 2023, l’émulateur Yuzu a fait parler de lui en permettant aux joueurs du monde entier de découvrir l’un des 10 meilleurs jeux de tous les temps sur Switch : le dernier opus de la série Zelda, sur des appareils non autorisés par Nintendo, telle que la console portable Steam Deck.

Cette performance technique a rapidement attiré l’attention de la communauté des gamers ainsi que celle de Nintendo qui n’a pas manqué de poursuivre le logiciel pour cette atteinte à ses droits.

Considérant l’émulation comme une forme de piratage, Nintendo a une politique stricte vis-à-vis de toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle.

Dans le passé, la firme japonaise a été connue pour ses actions en justice contre le commerce de dispositifs permettant le téléchargement illégal de jeux sur ses consoles. L’épopée de Yuzu et Citra, un autre émulateur pour la Nintendo 3DS, ne semblait donc être qu’une question de temps.

Il faudra donc vous contenter de jouer aux jeux Switch sur votre Switch… Mais vous pourrez toutefois vous consoler avec la rétrocompatibilité de la future Switch 2 pour profiter de vos jeux préférés sur la console.


Voilà ce qu’affiche actuellement la page https://citra-emu.org/ (traduit en Français) :

Bonjour les fans de Yuz et de Citra :

Nous vous écrivons aujourd’hui pour vous informer que le soutien de Yuzu et de Citra à Citra est interrompu, avec effet immédiat.

Yuzu et son équipe ont toujours été contre le piratage. Nous avons démarré les projets de bonne foi, par passion pour Nintendo, ses consoles et ses jeux, et n’avions pas l’intention de nuire. Mais nous constatons maintenant que, parce que nos projets peuvent contourner les mesures de protection technologiques de Nintendo et permettre aux utilisateurs de jouer à des jeux en dehors du matériel autorisé, ils ont conduit à un piratage étendu. En particulier, nous avons été profondément déçus lorsque des utilisateurs ont utilisé notre logiciel pour divulguer le contenu du jeu avant sa sortie et gâcher l’expérience des acheteurs et des fans légitimes.

Nous avons décidé que nous ne pouvons pas continuer à permettre que cela se produise. Le piratage n’a jamais été notre intention et nous pensons que le piratage des jeux vidéo et des consoles de jeux vidéo devrait cesser. À compter d’aujourd’hui, nous mettrons nos référentiels de code hors ligne, supprimerons nos comptes Patreon et nos serveurs Discord et, bientôt, fermerons nos sites Web. Nous espérons que nos actions constitueront un petit pas vers la fin du piratage des œuvres de tous les créateurs.

Merci pour vos années de soutien et pour votre compréhension de notre décision.

Des contributions financières issues de la communauté

L’équipe de développement de Yuzu, à l’instar de nombreux projets open source, dépendait en partie des contributions financières de la communauté pour soutenir ses efforts. Cette démarche de financement participatif est courante dans le monde des logiciels libres, mais elle peut devenir problématique lorsque le projet encouragé flirte avec l’illégalité.

Le clap de fin pour les émulateurs Yuzu et Citra

Suite à la pression exercée par Nintendo, l’équipe derrière Yuzu a finalement accepté de retirer toute trace de son logiciel du domaine public et de s’acquitter d’une somme substantielle en dédommagement.

En conséquence, Citra, l’émulateur destiné à la console Nintendo 3DS, a également dû cesser ses activités, marquant la fin d’une époque pour ces deux projets.

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